
















EN QUOI LE PROJET DES LGV SUD OUEST EST-IL UNE ABERRATION ?
Aussi appelé GPSO pour « Grand Projet ferroviaire du Sud-Ouest »
Du point de vue écologique
Du point de vue climat
Du point de vue démocratique
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Du point de vue économique et financier
Ce projet coĂ»te 14 milliards d’euros (en attente de rĂ©-actualisation) et repose sur un financement conjoint de l’Ătat (40%), des collectivitĂ©s qui prĂ©lĂšvent une taxe supplĂ©mentaire auprĂšs des habitants (40%), et de l’UE (20%) qui n’a pourtant jamais confirmĂ© prendre sa part
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Du point de vue énergétique
Du point de vue social
Ce projet favorise les cadres et mĂ©tropolitains, et ceux parmi eux qui ont les moyens de s’acheter un billet de TGV, par rapport aux populations des plus petites communes, toujours plus dĂ©pendantes de la voiture et de ses coĂ»ts
Du point de vue sociétal
Lettre ouverte aux Ministres
M. Philippe TABAROT
Ministre des Transports
HĂŽtel de Roquelaure
246, boulevard Saint-Germain
75100 Paris
Objet : Choix crucial de la France entre dâune part le projet de LGV GPSO/LNSO, vouĂ© Ă lâĂ©chec et non finançable, et dâautre part la rĂ©novation et la modernisation des lignes existantes Bordeaux-Dax-Hendaye et Bordeaux-Toulouse Ă©ligibles aux financements europĂ©ens (programmes ERTMS et MIE)
âšMonsieur le Ministre,
Suite Ă la publication en ligne par Contexte du rapport du Conseil dâorientation des Infrastructures et Ă des Ă©changes avec le coordinateur europĂ©en du corridor atlantique Monsieur François BAUSCH et ses services, nous tenons Ă vous faire part de notre analyse de la situation concernant le dossier du Grand Projet du Sud Ouest.
Depuis le rapport Rivier en 2005, de multiples constats et recommandations prĂ©sentĂ©s Ă lâĂtat tĂ©moignent de l’urgence Ă prioriser la rĂ©novation et l’entretien des lignes du rĂ©seau ferroviaire français. Depuis la premiĂšre Ă©lection prĂ©sidentielle de Monsieur Macron, les documents officiels Ă©voquant ce sujet sont nombreux. Le rapport intitulĂ© « SNCF RĂ©seau, des rĂ©formes Ă approfondir »Âč publiĂ© par la cour des comptes en dĂ©cembre 2018 prĂ©sentait un constat d’Ă©chec concernant la considĂ©ration et la mise en Ćuvre des politiques publiques nĂ©cessaires au bon fonctionnement du rĂ©seau et de son gestionnaire. En juillet 2023, l’autoritĂ© des transports prĂ©sentait une Ă©tude intitulĂ©e « ScĂ©nario de long terme pour le rĂ©seau ferroviaire français »ÂČ. On pouvait alors constater que le tronçon entre Bordeaux et Morcenx, sur la ligne de Bordeaux Ă Hendaye, nĂ©cessitait des travaux d’entretien urgents. Il en Ă©tait de mĂȘme sur la ligne Bordeaux-Toulouse. Sur la ligne Bordeaux-Marmande, en Nouvelle-Aquitaine, puis sur la quasi-totalitĂ© de la ligne cĂŽtĂ© Occitanie, l’indice de consistance des voies serait infĂ©rieur Ă 20 d’ici 2030. C’est pourquoi l’autoritĂ© des transports prĂ©conisait une rĂ©gĂ©nĂ©ration avant d’atteindre cette date butoir qui marquerait un point de bascule sous un seuil d’Ă©tat « critique ». En 2025, la contribution de la SNCF Ă la confĂ©rence Ambition France TransportÂł laisse Ă penser que ce seuil critique pourrait ĂȘtre dĂ©passĂ© plus rapidement que prĂ©vu puisqu’elle alerte sur le pĂ©ril imminent d’environ 4000 kilomĂštres de lignes (Ă Ă©chĂ©ance de 2028). Lors de son rapport public annuel de 2024âŽ, la cour des comptes mettait de plus en garde quant aux consĂ©quences du changement climatique sur le rĂ©seau ferroviaire, cette vulnĂ©rabilitĂ© Ă©tant directement liĂ©e Ă la vĂ©tustĂ© du rĂ©seau. Des enjeux Ă©conomiques mais aussi de sĂ©curitĂ© des usagers sont pointĂ©s du doigt. Le lundi 19 Mai 2025, sur la commune de Tonneins en Lot et Garonne, un TGV dĂ©raille mettant en danger la vie des 507 passagers Ă bord. Cet incident liĂ© aux fortes pluies, s’inscrit directement dans le contexte dĂ©crit par la cour des comptes. Le dernier rapport du COI, qui acte de nouveau la nĂ©cessitĂ© de rĂ©novation des voies ferroviaires existantes, doit donc constituer lâalerte qui dĂ©clenche un programme ambitieux de politique publique en faveur de ces voies, le risque dâaccidents mortels dĂ» Ă lâĂ©tat de ces voies et aux mauvais choix de lâĂtat nâĂ©tant plus Ă exclure.
Concernant GPSO, projet imposĂ© aux territoires en dĂ©pit des rĂ©sultats sans Ă©quivoque de l’enquĂšte publique portant sur les Lignes Nouvelles, le Conseil d’Orientation des Infrastructures indique Ă©galement que le besoin de transport Ă longue distance entre Toulouse et Paris sâest effondrĂ©, avec le constat de la baisse structurelle du transport aĂ©rien entre ces deux villes depuis 2019, affaiblissant considĂ©rablement la justification de projet du point de vue du report modal et dâune hypothĂ©tique neutralitĂ© carbone. Par ailleurs, le plan d’exploitation Ă©mergeant des LNSO annonce un transfert des trains intercitĂ©s Bordeaux-Toulouse-Marseille vers la ligne nouvelle. Cette option aurait pour effet la dĂ©gradation des dessertes en ville de Marmande, mais Ă©galement les centres-villes dâAgen et Montauban ne seraient plus aussi bien desservis. Les Trains Ă Grande Vitesse ne sâarrĂȘteraient que trĂšs peu en gare de Brax et de Bressols, ce qui, lĂ aussi, entraĂźnerait une dĂ©gradation et une rĂ©duction de l’offre ferroviaire. Les choix quant aux emplacements de ces gares dites « gares betteraves » provoqueraient des ruptures de charges pour rejoindre d’Ă©ventuelles correspondances. Ce phĂ©nomĂšne s’appliquerait dans les deux sens, des gares existantes vers gares nouvelles comme des gares nouvelles vers gares existantes, remettant directement en causes les gain de temps soit disant permis par la LGV sur ces deux destinations. Alors que la majoritĂ© des usagers voyagent Ă bord des Trains Express RĂ©gionaux et des inter-citĂ©s, le projet GPSO revient Ă perturber et dĂ©grader un maillage opĂ©rationnel en le subordonnant aux exigences du projet LGV, ce qui amplifierait, de fait, le sentiment d’injustice sociale dĂ©jĂ prĂ©sent pour les citoyens qui se sentent de «seconde zone». Comment justifier de telles hĂ©rĂ©sies sociales et ferroviaires ?
Par ailleurs, nos Ă©changes rĂ©cents avec le coordinateur du corridor atlantique nous ont permis de savoir que la Commission europĂ©enne doit enregistrer prochainement, dâici mi-2026, les candidatures des Ătats membres Ă des financements de lâEurope au titre du rĂšglement RTE-T pour des investissements dâinfrastructures de transports ferroviaires conformes aux objectifs et obligations actuels. Or, les lignes Bordeaux â Hendaye et Bordeaux-Toulouse, dans leur fonction fret, sont des composantes du rĂ©seau central  au sein du RTE-T et sont soumises au titre du rĂšglement europĂ©en n°2024/1679â” Ă un dĂ©ploiement du systĂšme ERTMS devant ĂȘtre finalisĂ© en 2030. Dans l’exposĂ© des motifs de la loi cadre prĂ©sentĂ©e Ă votre initiative, citant l’autoritĂ© de rĂ©gulation des transports, il est Ă©crit : « l’impact du dĂ©ploiement de la commande centralisĂ© et de l’ertms permettrait une hausse de 40% des trafics ferroviaires Ă horizon 2040. Cette mesure aurait un impact sur le report modal et donc sur la rĂ©duction des gaz Ă effets de serre supĂ©rieur au gain de tous les grands projets ferroviaire cumulĂ©s.» Concernant la ligne entre Bordeaux et Hendaye, la Commission europĂ©enne pourrait examiner une solution alternative Ă©vidente, bien plus rapide Ă mettre en Ćuvre, et bien moins coĂ»teuse que GPSO, consistant en la rĂ©gĂ©nĂ©ration et mise Ă niveau de la ligne existante Bordeaux-Dax-Hendaye, qui fut la premiĂšre voie ferrĂ©e au monde Ă voir rouler un train Ă plus de 300km.h et qui se connecte dâores et dĂ©jĂ directement au rĂ©seau ferrĂ© espagnol, rĂ©pondant en cela Ă la principale des exigences de lâEurope pour bĂ©nĂ©ficier dâun financement europĂ©en. La suppression des passages Ă niveau et les relĂšvements de vitesse, accompagnĂ©s de la mise en place du systĂšme de gestion de trafic ERTMS permettraient de rĂ©pondre aux objectifs de lâEurope, tout en limitant fortement les impacts environnementaux nĂ©gatifs, et tout en offrant des calendriers rĂ©alistes de rĂ©ponse aux enjeux. Sâinscrivant dans le tronçon Bordeaux – Burgos du corridor atlantique, cette solution alternative est ainsi finançable par lâEurope jusquâĂ 50 %. Les deux derniers rapports de la cour des comptes europĂ©enne prĂ©conisent eux aussi la prioritĂ© de la liaison Bordeaux Hendaye par la voie actuelle rĂ©novĂ©e, avec les derniĂšres amĂ©liorations (ERTMS, et suppression des 13 derniers passages Ă niveau).
En conclusion, la rĂ©gĂ©nĂ©ration, la sĂ©curisation et la modernisation des lignes existantes Bordeaux â Hendaye et Bordeaux â Toulouse peuvent consolider une activitĂ© Ă©conomique dĂ©jĂ effective pour les territoires comme pour le gestionnaire, rĂ©duire significativement les Ă©missions de gaz Ă effets de serre par le report modal induit, amĂ©liorer les conditions de trafic et augmenter l’offre ferroviaire, rĂ©pondre aux attentes de l’Europe sur la fonction fret de son rĂ©seau central, sĂ©curiser les voyageurs et voyageuses pour plusieurs dĂ©cennies, permettre une adaptation du rĂ©seau ferroviaire face aux dangers du rĂ©chauffement climatique, rĂ©tablir une Ă©galitĂ© sociale dans l’accĂšs aux transports en commun et protĂ©ger les collectivitĂ©s locales et lâĂtat d’un endettement incontrĂŽlable. Le rapport du Conseil d’Orientation des Infrastructures propose pour la partie Bordeaux-Toulouse de mener une actualisation des coĂ»ts, des Ă©tudes de trafic et socio-Ă©conomique ainsi qu’une réévaluation des impacts environnementaux et de leurs compensations. Vu les Ă©chĂ©ances imposĂ©es par la vĂ©tustĂ© de la ligne existante et par l’Europe, il est inconcevable que l’Ă©tude du trafic et de l’impact socio-Ă©conomique LGV soit rĂ©alisĂ©e sans prendre en compte en amont les rĂ©percussions positives des travaux sur les lignes existantes. La rĂ©novation de la ligne existante Ă©tant un besoin certain et urgent, elle devrait ĂȘtre prioritaire sur lâinvestissement comme sur le calendrier. Seulement une fois ces travaux rĂ©alisĂ©s, vous pourrez Ă©valuer le rĂ©el report modal de la LGV, son bilan carbone en dĂ©coulant et son impact socio-Ă©conomique. La prise en compte du dĂ©veloppement des SERM Bordelais et Toulousains devrait aussi ĂȘtre un prĂ©requis. Dans le projet de loi cadre, les propositions de manne financiĂšre issues des rĂ©cupĂ©rations de pĂ©age autoroutiers ne rĂ©pondent pas suffisamment Ă l’urgence Ă©voquĂ©e plus haut par les estimations de l’autoritĂ© des transports. Les travaux sur la ligne existante doivent ĂȘtre programmĂ©s sans attendre pour la sĂ©curitĂ© des usagers et usagĂšres. En conclusion, les actions nĂ©cessaires sur la ligne existante Bordeaux-Toulouse revĂȘtent plusieurs caractĂšres d’urgence. Le projet de ligne Ă grandes vitesses reste quant Ă lui optionnel et toujours injustifiĂ©. Les responsabilitĂ©s que vous portez de par votre fonction imposent une prise de dĂ©cision rapide et nous lâespĂ©rons, de bon sens. Le choix de politique publique que vous allez prendre pourrait avoir des rĂ©percussions positives ou dramatiques selon votre position. Le projet LGV doit ĂȘtre mis Ă lâarrĂȘt sans attendre, avant que des dĂ©gĂąts irrĂ©versibles ne soient imposĂ©s aux territoires concernĂ©s ou qu’un nouvel accident ne survienne sur les voies dĂ©laissĂ©es.
Nous vous remercions ainsi de lâattention que vous porterez Ă cette demande et des rĂ©ponses que vous y apporterez, et vous prions de recevoir, Monsieur le Ministre, lâexpression de notre considĂ©ration distinguĂ©e.
Associations et collectifs signataires :
1- Association des Amis de la Terre du Gers (32)
2- Association des Amis de la Terre des Landes (40)
3- Association des Amis de la Terre de Midi-Pyrénées (31)
4- LGVEA, Association Landes Graves Viticulture Environnement en Arruan (33)
5- LGV NINA, collectif citoyen de la Vallée du Ciron (33)
6- Association Non LGV Nord Landes et Marsan (40)
7- ASCLG – Association de Sauvegarde des Coteaux des Landes de Gascogne, Casteljaloux (47)
8-SEPANSO GIRONDE, SociĂ©tĂ© pour lâĂtude, la Protection et l’AmĂ©nagement de la Nature dans le Sud-Ouest (33)
9- Association Stop LGV Bordeaux MĂ©tropole â Pour les Transports du Quotidien (33)
10- STOP LGV 47, collectif de Lot-et-Garonne opposé au GPSO (47)
11- ATTAC Landes CĂŽte Sud, Association pour la Taxation des Transactions financiĂšres et pour lâAction Citoyenne des Landes CĂŽte Sud (40)
12- ATTAC Marsan (40)
13- Trans’cub, association agréée d’utilitĂ© publique, Bordeaux mĂ©tropole (33)
14- TGV en Albret, Association TrĂšs Grande Vigilance en Albret (47)
15- CADE, collectif des Associations de dĂ©fense de lâEnvironnement Pays Basque-Sud et Landes (40 & 64)
16- FNE 82, France Nature Environnement Tarn-et-Garonne (82)
Âč: https://www.ccomptes.fr/system/files/2018-11/20181204-rapport-SNCF-Reseau.pdf
ÂČ: https://autorite-transports.fr/wp-content/uploads/2023/07/rapport-scenarios-de-long-terme-pour-le-reseau-ferroviaire-francais-12-07-23-final.pdf
Âł: https://conference-ambition-france.transports.gouv.fr/cahiers-dacteur-deposes
âŽ: https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2024-03/20240312-RPA-2024-CDVI-adaptation-reseau-ferroviaire-national.pdf
â”: https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=OJ:L_202401679
On dĂ©clare d'intĂ©rĂȘt public majeur le rapport du COI!
 CommandĂ© aprĂšs la confĂ©rence Ambition France Transports, le rapport du Conseil dâOrientation des Infrastructures est restĂ© coincĂ© quelque part dans les ministĂšres. Va-t-il finir comme cale de meuble ? Le mĂ©dia Contexte lâa fort heureusement mis en ligne. Le COI livre une analyse critique des Lignes Nouvelles du Sud Ouest, nâosant pas recommander de stopper dĂ©finitivement le projet. C’est ballot ! Retrouvez notre analyse dans l’article du blog Mediapart LGVNONMERCI ici:
La cartographie de lutte ATTENTION TRAIN MECHANT est disponible !
4e de couverture
En 2021 le projet de ligne Ă grande vitesse Bordeaux/Toulouse/Dax est sorti des limbes par les prĂ©sident.es de rĂ©gion Alain Rousset (Nouvelle-Aquitaine) et Carole Delga (Occitanie), soutenu.es par l’Etat et la SNCF. NommĂ© Ligne Nouvelle du Sud-Ouest (LNSO), il menace de son ombre vorace villages, forĂȘts, fermes et riviĂšres. Pour construire ses 327 km de voies nouvelles, ce spectre de vitesse imposerait ses tĂ©nĂšbres sur plus de 6000 hectares de terres, engloutirait d’Ă©normes quantitĂ©s de matĂ©riaux venus des carriĂšres de tout le Sud-Ouest, et dĂ©verserait 4,5 millions de tonnes de CO2 dans l’atmosphĂšre. L’objectif : mettre la ville rose Ă 3h10 de Paris tout en augmentant grassement les profits du BTP. Le tout pour la maudite somme de 10 milliards d’euros estimĂ©s en 2010, puis 14 milliards annoncĂ©s en 2014, et 20 milliards d’euros chuchotĂ©s timidement aujourd’hui.
Pourtant, pour relier les grandes villes, il y a dĂ©jĂ des trains. Le billet Bordeaux-Toulouse coĂ»te en moyenne 20 euros, le trajet dure 2h30. Mais les lignes de train « lent » sont sous-investies, et leur rĂ©novation n’est mĂȘme pas une option. Le TGV se vend plus cher, Ă un public spĂ©cifique, qui va de mĂ©tropole en mĂ©tropole, qui n’a pas le temps, et qui ne saurait voir la larme vacillante du noble pĂ©lodyte ponctuĂ© au bord du canal. C’est une grenouille.
Faire dérailler leur projet
Depuis 2024, les dresseurs de CerbÚre ont lùché les laisses. Les Aménagements Ferroviaires au Sud de Bordeaux (AFSB) ont obscurci le paysage, accélérant expropriations et destructions le long du tracé.
Face au nĂ©ant, le bruit. Une cacophonie de rĂ©sistances herculiennes s’est rĂ©veillĂ©e, mĂȘlant naturalistes et cheminot.es, chasseur.euses Ă la palombe et usager.es du train, agriculteur.ices, autonomes, Ă©colos des villes et des campagnes et bien d’autres. Chaque collectif local adopte sa stratĂ©gie de lutte : recours juridiques, manifestations, sabotages, sarabandes, Ă©cureuillage. Une dense vĂ©gĂ©tation de tactiques pour contrer la morositĂ© d’un monstre de vitesse qui n’a d’autre but que de couvrir notre carte de gris.
Le collectif le plus poli du Sud-Ouest remercie toutes les personnes qui ont participĂ© de prĂšs ou de loin Ă cette carte. Merci au mouvement contre la LGV qui n’en fini pas de grandir.
Signé : LGV NON MERCI. No Passarail !
Droits d’usage
Cette carte est sous licence CC BY-SA 4.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4,0/deed.fr). Vous pouvez donc la scanner, l’imprimer, la distribuer, la modifier autant que vous voulez, si vous citez cette licence en prĂ©cisant qu’elle fait partie des projets issus de la coordination LGV NON MERCI Ă©ditĂ©e par a la criĂ©e (alacriee.org).
CrĂ©dits typographie : PubliFluor – Groupe de recherche Crickx
Imprimé par mediagraphic sur papier recyclé.
DépÎt légal BibliothÚque nationale de France, juillet 2025
Prix de vente en librairie 4 euros
Contact : cartolgv@proton.me
La carte de lutte Ă©ditĂ©e par les Ă©ditions A LA CRIEE en partenariat avec la coordination LGV NON MERCI est Ă retrouver sur tous les stands militants du sud-ouest, diffusĂ©e par les collectifs de la coordination ET par toutes les bonnes librairies du sud-ouest et d’ailleurs.
Vous ĂȘtes un collectif et souhaitez obtenir des exemplaires Ă diffuser ?
Vous ĂȘtes libraire et souhaitez un dĂ©pĂŽt de cartes ?
Contactez le comité de diffusion de la carte à cartolgv@proton.me
La carte sera également disponible directement sur le site des éditions a la criée et notamment sur leur boutique HelloAsso.
En avant premiĂšre aux festivals des RĂ©sistantes (Normandie) et au festival d’Uzeste (sud-gironde) cet Ă©tĂ©, et partout ailleurs !
Juillet 2025 : Les Zadistes de retour Ă La Guinguette Vaillante
https://www.lgvnonmerci.fr/actions/zad-la-guinguette-vaillante/
Aménagements Ferroviaires au Nord de Toulouse : SNCF Réseau plie face à la zad de la Guinguette Vaillante .
C’est un fait : l’action de terrain associĂ©e Ă des compĂ©tences juridiques a permis de faire bouger les lignes. Le plan initial des amĂ©nagements ferroviaires de Toulouse, prĂ©voyant l’abattage du triangle boisĂ© de Saint-Jory (celui-ci Ă©tant protĂ©gĂ© par les zadistes), n’existe plus. Un arrĂȘtĂ© paru le 3 avril 2025 vient en effet modifier la surface de dĂ©frichement prĂ©vue. Cette derniĂšre est ainsi passĂ©e de 1,92 hectare Ă 0,42 hectare. Cette modification permet notamment de prĂ©server une station de mousse fleurie et de rĂ©duire l’impact environnemental du chantier. Plusieurs associations ont alertĂ© SNCF RĂ©seau par voie de recours depuis plus d’un an sur cette partie du projet, pour laquelle aucune alternative n’avait Ă©tĂ© proposĂ©e ou Ă©tudiĂ©e jusqu’alors par SNCF RĂ©seau. Ces sollicitations sont restĂ©es sans rĂ©ponse. Cet arrĂȘtĂ© met en Ă©vidence le manque de considĂ©ration affligeant dont fait preuve la SNCF en matiĂšre de protection de la biodiversitĂ© et de l’environnement. Une fois de plus, ces Ă©vĂ©nements consacrent l’action de terrain menĂ©e par les zadistes, mais aussi l’action juridique portĂ©e entre autres par l’association Les Amis de la Terre. Si les militant·e·s n’avaient pas empĂȘchĂ© les coupes par leur prĂ©sence, tout le triangle aurait sĂ»rement dĂ©jĂ Ă©tĂ© abattu. Pour autant, nous ne sommes pas satisfaits et attendons la dĂ©cision du tribunal administratif de Toulouse avec beaucoup d’espoir et d’impatience. Nous ne souhaitons pas de modification du projet des AFNT, mais bien son annulation pure et simple.Â
La Guinguette Vaillante a rĂ©sistĂ© Ă quatre Ă©vacuations, tournant en ridicule l’action des pouvoirs publics.
Sous rĂ©quisition du prĂ©fet et Ă la demande de SNCF RĂ©seau, les forces de l’ordre ont dĂ» intervenir Ă quatre reprises pour des opĂ©rations d’Ă©vacuation de la ZAD, tentant ainsi d’affaiblir les corps et les esprits des militant·e·s. Leur derniĂšre excursion en date du 8 avril atteint un summum de bĂȘtise. Un «commando» a profitĂ© de l’expulsion pour enduire les poignĂ©es de portiĂšres et les bouches d’aĂ©ration des voitures stationnĂ©es avec de la bombe Ă poivre. Un haut gradĂ© de la gendarmerie est venu constater ces exactions, tout en affirmant qu’elles ne rentraient dans aucun cadre lĂ©gal. Pour autant, un signalement a-t-il Ă©tĂ© fait auprĂšs de l’IGGN ? Nous n’en savons rien. Gardes Ă vue, enlĂšvements de vĂ©hicules pour mise en fourriĂšre, contrĂŽles d’identitĂ©, procĂšs : tout ce beau palmarĂšs nous le devons donc Ă SNCF RĂ©seau qui mobilise les pouvoirs publics pour permettre la rĂ©alisation de ce chantier fortement contestĂ©. En parallĂšle, nous avons constatĂ© plusieurs infractions au code de l’environnement qui ont toutes fait l’objet de signalements auprĂšs du procureur de la RĂ©publique. Pour l’heure, la ZAD est en vacances et la zone n’est plus occupĂ©e. Nous restons vigilant·es sur l’avancĂ©e du chantier et sur tout acte illĂ©gal pouvant en rĂ©sulter.
Alors que la juge refuse de suspendre les travaux, le printemps reste bruyant Ă la ferme de lâEsclopey (thĂ©atre de la mobilisation "La Grande Vadrouille"): les hirondelles nous ont Ă©crit...
Nous sommes des hirondelles rustiques. Nous avons parcouru des milliers de kilomĂštres, traversĂ© des mers, laissĂ© derriĂšre nous les dĂ©serts pour revenir en Europe Ă©lever des oisillons. ArrivĂ©es Ă bon port, nous devons patiemment construire, maçonner, rĂ©parer nos nids avec terre, paille, herbe et salive. Vous nous observez, vous nous comptez quand nous sommes encore lĂ , et souvent vous nous empĂȘchez de rejoindre les nids que nous avons patiemment construits les annĂ©es prĂ©cĂ©dentes. Pourtant, nous avons de moins en moins dâendroits pour nicher, mais ce nâest pas encore assez pour vous. Sous prĂ©texte de nous protĂ©ger, vous fermez la grange de lâEsclopey Ă Cadaujac oĂč nous nichions lâannĂ©e derniĂšre. « Cachez ces nids que je ne saurais voir » semblez-vous dire. Oh certes, nous aussi nous ne savions plus si les nids Ă©taient toujours lĂ , nous avons tournoyĂ© longtemps au-dessus de la grange, dĂ©semparĂ©es au dĂ©but, mais nous savons nous faufiler dans les interstices que votre balourdise ne saurait voir. Et maintenant que nous sommes de nouveau installĂ©es, les travaux de destruction sont retardĂ©s. Vous dites que le projet de LGV nâest pas une « destruction de la nature », alors vous voilĂ bien embĂȘtĂ© avec nous et nos futures familles. Quand nous repartirons, nous savons que vous ferez tout en votre pouvoir pour dĂ©truire notre habitat, mais il est lui aussi protĂ©gĂ© par les lois car dĂ©truire nos maisons, câest nous dĂ©truire Ă petits feux. Quelle farce compensatoire allez-vous bien pouvoir trouver ?
Mais pour le moment, en ce printemps que nous voulons bruyant, nous songeons Ă nos couvĂ©es, nous nourrir pour rĂ©parer les nids et nourrir ensuite les petits. Et nous sommes pleines dâespoir, les alliances terrestres sauront dĂ©jouer les brutalitĂ©s de bĂ©ton et dâacier que vous souhaitez encastrer dans un Ă©cosystĂšme si riche encore, qui offre encore tant de possibilitĂ©s mais que vous ignorez alors que les limites planĂ©taires sont dĂ©passĂ©es une Ă une. Pensez-vous, humains, que vous pouvez vivre longtemps Ă dĂ©truire tout autour de vous, Ă prĂ©tendre que vous pouvez ĂȘtre les seuls ĂȘtres vivants avec vos vaches et vos cochons sur Terre ? Nous savons bien que vous le pensez, plus que jamais, vous niez de plus en plus les destructions et prĂ©tendez les compenser. On ne compense pas les millions dâannĂ©es dâĂ©volution et dâajustements entre vivants, entre vivant et minĂ©ral qui ont permis Ă ce que vous, humains, puissiez vivre et vous dĂ©velopper. Sachez maintenant enfin ralentir et comprendre que sans nous, sans les hirondelles, les insectes dont nous nous nourrissons, les fleurs dont ils se dĂ©lectent, lâeau qui nous nourrit tous, vous nâĂȘtes rien. Pour un peu plus de vitesse et de performance, vous ĂȘtes prĂȘt Ă ignorer vos dĂ©pendances et vous fragiliser un peu plus : certains humains lâont compris et sont Ă nos cĂŽtĂ©s.
Comité de lutte autonome contre les LGV en Occitanie
Depuis six mois, les militant.es de la ZAD de La Guinguette Vaillante (Saint-Jory) se battent pour mettre un frein aux travaux de la LGV Bordeaux-Toulouse.
La LGV (ligne Ă grande vitesse) Bordeaux-Toulouse, c’est :
- Un chantier titanesque Ă plusieurs milliards qui enrichit quelques entreprises privĂ©es – notamment NGE et ses filiales – mais qui est financĂ©e massivement par le contribuable
- Un projet qui va servir seulement aux plus aisés capables de se payer le TGV réguliÚrement et foutre les autres dans la merde en faisant monter les prix de tout dans Toulouse (nourriture, immobilier, services)
- Une aberration qui va dĂ©truire plus de 3000 hectares de forĂȘts et de zones humides sans aucune rĂ©flexion environnementale… Bref un projet de riche par des riches pour des riches
Le comité se réunit réguliÚrement, souvent annoncé sur iaata.info
LE TRAIN, UNE ALTERNATIVE ĂCOLOGIQUE Ă LA VOITURE ?
Une infrastructure nouvelle implique un nouveau chantier. Or, lorsque les promoteurs du projet GPSO parlent des effets positifs du train, ils oublient de dire que les liaisons en projet existent dĂ©jĂ et qu’ils font en fait la promotion d’un doublement des voies pour accĂ©lĂ©rer le dĂ©placement d’une partie infime de la population : ce chantier est inutile.
De plus, les LGV ne sont pas des trains du quotidien, et l’investissement sur ces lignes dans la perspective d’un report modal de la route vers le train n’est pas ciblĂ© sur les trajets pertinents Ă cet Ă©gard.
Enfin, comparer le train et la voiture dans une perspective Ă©cologique, c’est faire comme si la route et la voie avaient toujours Ă©tĂ© lĂ . En ce qui concerne le projet du GPSO, il faut plutĂŽt comparer les chantiers suivant : est-il plus Ă©cologique de construire une infrastructure pour reproduire des liaisons qui existent dĂ©jĂ , ou d’entretenir voire de moderniser les lignes actuelles justement dans l’optique de les rendre plus attractives pour la population aussi bien des mĂ©tropoles que des petites communes ?
Plus d’information sur les impacts du chantier :
RĂPONDRE Ă UN BESOIN DE MOBILITĂ ?
622 Un besoin non partagĂ©LâenquĂȘte a connu une forte mobilisation des particuliers mais les diffĂ©rentes composantes de la sociĂ©tĂ© Ă©taient Ă©galement reprĂ©sentĂ©es, en particulier les syndicats professionnels, les associations et les collectivitĂ©s locales. Aucune catĂ©gorie, mĂȘme les entreprises, nâest majoritairement favorable au projet. Les communes rurales sont trĂšs opposĂ©es dans la partie Nord du tracĂ©, plutĂŽt rĂ©signĂ©es au Sud. Au regard de lâenjeu, la commission aurait pu sâattendre Ă une plus forte mobilisation des soutiens au projet. Au final, la commission nâa pas dĂ©celĂ© lâexpression dâun vĂ©ritable besoin de lignes Ă grande vitesse dans le Sud-ouest.
Les promoteurs du projet parlent pourtant d’un « besoin de mobilité » pour justifier ces lignes Ă grande vitesse. S’il y a effectivement besoin d’entretenir les lignes existantes qui assurent les mĂȘmes liaisons que celles proposĂ©es par le GPSO, la nĂ©cessitĂ© d’aller plus vite reste Ă Ă©tablir. Cet article de Julien Milanesi sur l’imaginaire des grandes infrastructures de transport montre que le gain de temps est valorisĂ© socialement dans un cadre institutionnel et social qui bannit l’oisivetĂ©, incite Ă tenir un compte prĂ©cis de l’emploi de son temps, et Ă©limine pauses et temps morts. De plus, la vitesse est associĂ©e couramment Ă une intensification des Ă©changes, elle-mĂȘme recherchĂ©e par nos dĂ©cideurs politiques en quĂȘte de croissance Ă©conomique. Mais alors :- En quoi l’accĂ©lĂ©ration de nos rythmes sociaux est-elle corrĂ©lative d’un mieux-vivre ou bien-ĂȘtre partagĂ© ?
- En quoi la croissance économique est-elle pérenne, et peut-elle ainsi servir de justification à de nouveaux grands projets ?
 Consultez le détail des enjeux idéologiques du projet sur la page dédiée
14 MILLIARDS D'EUROS POUR NOS VRAIS BESOINS
- IFOP 08/2020 EnquĂȘte dâopinion auprĂšs des habitants des villes moyennes, Villes de France, ANCT, Banque des territoires ;
- NEXITY, 2020, « Post-confinement : Les Français en attente de plus de nature pour leur habitat » ;
- Obsoco/Chronos, 2017, Observatoire des usages émergents de la ville, Obsoco.
Câest pourtant bien lâabsence de desserte des territoires peu denses par des transports publics adaptĂ©s, dans un contexte de renchĂ©rissement importĂ© (prix du brut) et voulu (taxe carbone) du coĂ»t dâusage de la voiture qui a allumĂ© la flamme des gilets jaunes, puis motivĂ© la LOM [Loi dâOrientation des MobilitĂ©s]. Cette question nâest pas rĂ©solue aujourdâhui, comme l’explique Jean-Pierre Orfeuil dans un dossier complet. Câest un problĂšme pour les populations (les fins de mois) et cela reste une difficultĂ© pour les politiques climatiques : câest le facteur qui a gelĂ© la taxe carbone Ă un niveau non contraignant pour les gros pollueurs industriels.
14 milliards d’euros d’argent public ne seraient-ils donc pas mieux investis Ă traiter les enjeux de dĂ©placement du quotidien qu’Ă servir l’intĂ©rĂȘt de quelque-uns aux dĂ©placements rapides entre Bordeaux et Toulouse ?
 Consultez le détail des enjeux sociaux du projet sur la page dédiée
QU'AVONS-NOUS Ă PERDRE ?
La Vallée du Ciron, un cas particulier symptomatique
Quelques ressources ci-contre donnent un apercu de la gravitĂ© de la situation : pour gagner quelques minutes entre Bordeaux et Toulouse, on s’apprete a dĂ©truire – entre autre – un sanctuaire inestimable, refuge de biodiversitĂ©, irriguĂ© par tout un bassin versant dont les affluents seraient fragmentĂ©s par cette ligne Ă grande vitesse.
Des considérations non purement écologiques
L’opposition au GPSO s’exprime Ă©galement au nom de l’appropriation citoyenne des sujets d’amĂ©nagement du territoire. Les collectifs affirment par lĂ leur volontĂ© de dĂ©cider en commun de la maniĂšre d’habiter un territoire, et leur refus de laisser ces choix d’amĂ©nagement reposer sur des politiques priorisant les retours sur investissement aussi bien du gouvernement que de grands groupes (tels que VINCI qui a beaucoup profitĂ© de la LGV Bordeaux-Tours via son contrat de concessionnaire).
>> Plus d’infos sur les partenariat publics-privĂ©s sur un podcast de radiofrance ou sur le site de Vinci (tiens tiens).
Plus globalement ce qu’il s’agit de dĂ©noncer, c’est le choix d’investissement et les attentes de profits sur des projets dits « de service public » : le transport reste en France, comme les autres secteurs, conditionnĂ© par un impĂ©ratif de croissance et de dĂ©veloppement de mĂ©tropoles « millionnaires ».Â
« Le fĂ©tichisme ferroviaire français oublie que lâobjectif nâest pas de faire rouler des trains, mais de dĂ©placer des personnes » . đ Lien vers cet article du Monde de juillet 2022
En rester Ă des critĂšres idĂ©ologiques de croissance, outre le fait que ce n’est pas tenable, dĂ©tĂ©riore aussi nos rapports humains : cela conduit Ă l’uniformisation de nos modes de vie. Lire par exemple cet article.
A lire aussi :
Les mystĂšres de la forĂȘt du Ciron, une hĂȘtraie millĂ©naire et menacĂ©e
Le Monde, 20 octobre 2024, par Weilian Zhu. đ Lien vers l’article
Podcast France Inter â Câest bientĂŽt demain par Antoine Chao (3 Ă©missions de 16 min) :
ACTUALITĂS
Retrouvez le fil de toutes les actions sur la page dĂ©diĂ© đ https://www.lgvnonmerci.fr/retrospective/
13 octobre 2024 | Freinage dâUrgence comme vous ne lâavez jamais lue : retours sensibles et tĂ©moignages croustillants
Un mois et demi aprĂšs Freinage dâUrgence, une mobilisation organisĂ©e sous une banniĂšre commune par LGV Non Merci et les SoulĂšvements de la Terre, cet article entend proposer un rĂ©cit de ce qui a Ă©tĂ© vĂ©cu sur place par les participant.e.s, en privilĂ©giant une approche sensible – et non un angle analytique, qui a sa place par ailleurs dans les espaces de rĂ©flexion de la coordination de lâĂ©vĂ©nement et pourrait donner lieu a des partages ultĂ©rieurs.
Ouvrir des possibilitĂ©s dâagir
Face aux difficultĂ©s rencontrĂ©es et Ă la disproportion de la rĂ©pression policiĂšre lors des rĂ©centes mobilisations portĂ©es par SoulĂšvements de la Terre, la volontĂ© de Freinage dâUrgence Ă©tait de faire Ă©voluer le format de la manifestation « fleuve » en un ou plusieurs cortĂšges et de proposer une plus grande diversitĂ© de possibilitĂ©s.
Le pari Ă©tait de laisser la part belle Ă lâautonomie et Ă la prise dâinitiative des participant.e.s dans un Grand Jeu Contre les LGV, qui faisait coexister lors dâun mĂȘme weekend des possibilitĂ©s dâactions aussi diverses que lâest la coordination LGV Non Merci.
Freinage dâUrgence a donc Ă©tĂ© pensĂ© comme une expĂ©rimentation de la rĂ©union entre la mobilisation de masse et lâautonomie dans lâaction.
Le dispositif policier disproportionnĂ© mis en place sur le weekend nâa pas rendu la tĂąche aisĂ©e mais nâa pas dĂ©couragĂ© les participant.e.s de se rendre Ă Lerm-et-Musset, qui ont subi et/ou dĂ©jouĂ© les contrĂŽles (5000 contrĂŽles pour 1500 participant.e.s selon la prĂ©fecture…).
« Pour venir aujourdâhui, on a pris le Totocar. Les flics controlaient Ă lâentrĂ©e et on a fini par fourrer tout notre Ă©quipement dans le frigo, soit la cachette la plus Ă©vidente Ă lâentrĂ©e. Mais comme les keufs sont organisĂ©s comme des pieds, ils ont passĂ© 2h Ă controler les identitĂ©s, Ă nous re-re-re-compter et nous demander 15 fois « mais vous ? on vous a contrĂŽlé ? » plutĂŽt que fouiller le bus et le frigo. BENEF LE TOTOCAR ! »
Certain.e.s ont réussi à sortir en cortÚge du camp pour aller construire une vigie sur le tracé, malgré la lourdeur des poutres et les obstacles naturels avec lesquels il a fallu composer.
« Lors de la marche Giga Kapla, il a fallu traverser le Barthos, un affluent du Ciron, sur un pont de fortune. Nous Ă©tions la rambarde humaine qui sĂ©curisait les copaines qui traversaient et nous remerciaient. CâĂ©tait magique. Ps : mes bottes Ă©taient trouĂ©es. »
Pas toujours simple de trouver lâautonomie en forĂȘt mais lâinventivitĂ© a aussi permis Ă certain.e.s de sâoffrir un goĂ»ter divertissant trouvĂ© dans une voiture de flics embourbĂ©e sur les lieux :
« Merci au ministĂšre de lâintĂ©rieur dâavoir financĂ© les barres de cĂ©rĂ©ales!»
tandis que dâautres ont profitĂ© dâune paisible baignade :
 « Moment drÎle qui fait du bien : le mec nu campé face aux flics à sa sortie de la riviÚre ».
Dâautres ont fait preuve de malice et de courage pour sortir en petit groupe :
«De retour dâune petite action nocturne pas piquĂ©e des hannetons. Comment sortir du camp? Les keufs sont partout et le sentier est embourbĂ©. On fait le choix de passer par le contrĂŽle avec bombes sous les pulls et banderoles sous les doudounes. Le flic, dĂ©sabusĂ©, commence Ă nous embĂȘter. JusquâĂ dĂ©couvrir le contenu de notre panier Ă pique nique, rempli de cafĂ© et de cake Ă la courgette. La copaine, enthousiaste, commence Ă lui en expliquer la recette. Son petit coeur tout emprisonnĂ© dans son costume de keuf se serre. Il nous laisse passer sans plus dâembĂȘtements. Trois heures plus tard, on revient victorieux.ses , juste un peu tĂąchĂ©.es de peinture. Et deux gares sont embellies!»
Nous aussi, on veut la recette đ
«Avec des copaines, on a occupĂ© un drone pendant 1h et lâhĂ©lico pendant 30 min juste en construisant une cabane un peu prĂšs de lâautoroute (la cabane est trĂšs belle, elle sâappelle CircaĂšte Jean Le Blanc)»
Dâautres encore ont rĂ©ussi Ă surgir partout, mĂȘme en mĂ©tropole alors que le camp Ă©tait situĂ© Ă Lerm-et-Musset au Sud de la Gironde, et Ă faire irruption dans la gare :
«Au dĂ©part des Chartrons, une belle cinquantaine de cyclistes ont rĂ©pondu Ă lâappel de la Grande VĂ©lorution bordelaise, parĂ© de leurs plus fulgurantes tuniques. Nous rendons visite Ă divers points stratĂ©giques liĂ©s au projet de la Grande Vitesse. Chantant lâĂ©loge de la lenteur, nous sommes suivies par la marĂ©chaussĂ©e. A Stalingrad, la fanfare sauvage se dĂ©tache direction la gare de Cenon. Elle saute de justesse dans un train Ă destination de St Jean. Tout se dĂ©roule lĂ comme prĂ©vu. 15h35. Irruption dans la gare et ses halls. DĂ©passĂ©s, la sĂ©curitĂ© et les policiers boucliers ne savent plus oĂč donner de la tĂȘte. Nous finissons par ĂȘtre Ă©vacuĂ©.es sur le parvis, la fĂȘte continue quelques temps. Nous pouvons lâaffirmer. On les a faits dĂ©railler!»
De mĂȘme dans le Lot-et-Garonne oĂč plusieurs gares ont Ă©tĂ© embellies pour montrer leur nĂ©cessitĂ© pour les usagers.Ăšres :
«Sur une équipe de 4, 2 trÚs bien masqué.e.s pour installer la banderole en pleine lumiÚre sur la passerelle de la gare, et 2 en plein sur les rails pour bomber les rails au passage à niveau, on a dû se planquer à chaque voiture qui passait et je suis repartie avec une magnifique manucure or»
Ce weekend là , en parallÚle des actions publiques, des petits groupes ont décidé de lancer des avertissements aux entreprises, parfois invisibles mais pourtant impliquées dans le projet :
- LAFARGE qui profiterait du projet de LGV en ce quâil permettrait lâapprovisionnement de millions de m3 de bĂ©ton nĂ©cessaires aux plus de 400 ouvrages dâart (viaducs et tunnels) en projet ;
- ARTELIA, qui participe aux Ă©tudes hydrauliques du projet des LGV Sud-Ouest affectant lâensemble des bassins versants de la RĂ©gion ;
- SEGAT, qui permet lâexpropriation de centaines de personnes tout au long du tracĂ© des LGV en projet sous couvert dâune « utilitĂ© publique » dĂ©cretĂ©e malgrĂ© les rĂ©sultats Ă 94% dĂ©favorables de lâenquĂȘte publique ;
- EURATLANTIQUE, gigantesque projet dâamĂ©nagement consĂ©cutif Ă lâarrivĂ©e de la LGV Bordeaux-Paris qui a conduit Ă la gentrification des quartiers autour de la gare et poursuit aujourdâhui encore la logique de marchandisation et dâintensification du contrĂŽle des flux en mĂ©tropole ;
- INEO (EQUANS) et IRIS CONSEIL, qui ont fait partie des partenaires majeurs de VINCI pour la rĂ©alisation de la LGV Bordeaux â Tours.
Lâobjectif ? Visibiliser les acteurs qui bĂ©nĂ©ficient du projet et leur signifier que lâimpunitĂ© ne vaut pas quand lâon participe Ă un projet mortifĂšre contestĂ©e largement par les habitant.e.s du territoire.
«On a taguĂ© des yeux sur des entreprises complices mais on a oubliĂ© de faire les sourcils, jâespĂšre que les employĂ©.e.s nous en voudront pas trop»
«Je me suis embrochĂ©e le cul en escaladant une barriĂšre pour tagger une entreprise, merci! »Toutes ces actions sont revendiquĂ©es sur une carte de Freinage dâUrgence permettant de situer le weekend et de montrer son Ă©tendue sur trois jours, montrant que le mouvement porte un Ă©cho bien au-delĂ des territoires concernĂ©s par lâemprise du projet :
La lutte câest aussi la vie
Au delĂ de ce Grand Jeu contre les LGV, la volontĂ© de Freinage dâUrgence Ă©tait aussi dâouvrir un espace-temps de vie, Ă contre-courant de la violence du systĂšme que nous subissons au quotidien. Le camp de Freinage dâurgence se voulait comme un espace oĂč peuvent poindre les formes de vie en lesquelles nous croyons, qui ne soient pas faites de flux, de transactions, de temps de trajet, etc. Car nous ne luttons pas que contre, nous luttons Ă©galement POUR.Pour des espaces non marchands
«Pour une fois, le prix libre était un vrai prix libre, on ne se sentait pas culpabilisé.e.s ou jugé.e.s quand on ne payait pas pour manger. Merci!»
Pour lâauto-gestion (MERCI aux bĂ©nĂ©voles !)
«Souvenir de remplissage de fosse Ă caca : Samedi midi, on se rend compte que la plus grande des fosses prĂ©vues pour vider les toilettes sĂšches est implantĂ©e sur le terrain du voisin. RĂ©implantation dâun Ă©pandage Ă caca sur le terrain de Philippe puis rebouchage Ă la pelle de lâautre fosse. = Petite suĂ©e et grand contentement. Faire, dĂ©faire, refaire.»
Pour une prise en charge collective et permanente des violences systĂ©miques, qui ne disparaissent pas Ă lâentrĂ©e dâun camp militant
«Jâai eu le plaisir dâassister Ă la formation Violences Sexistes et Sexuelles. Jâai entendu plein de supers idĂ©es, la posture Ă©tait hyper juste et je me suis dit que câest trĂšs dommage de ne trouver ces initiatives que dans le monde militant. Je suis pompiĂšre volontaire et ce milieu est Ă des annĂ©es lumiĂšre de ce que jâai vu ici. Câest une autre planĂšte.»
Pour une lenteur joyeuse qui permet de vivre un rapport sensible au monde
«La baignade dans la riviÚre, nager à contre courant, le chant des oiseaux, le rire des gens, le vent dans les arbres.»
Pour la solidaritĂ© face Ă lâadversitĂ© et la violence du monde
«Entendre les copaines chanter depuis leur tente lors du passage agressif de lâhĂ©lico, et y joindre ma voix, mâa fait nous sentir ensemble et grand.e.s face Ă la police qui voudrait nous faire sentir petit.e.s et impuissant.e.s»
Pour un décloisonnement des formes de lutte et des générations
Comment ne pas sourire en voyant« Lâenfant de 8 ans qui traversait le camp en criant»Jâaurais du prendre ma cagoule!!! »Comment ne pas sourire en lisant les tĂ©moignages des ancien.ne.s de la lutte ?
«Je ne suis plus de la premiĂšre jeunesse et voir tous ces jeunes soucieux.ses des autres et attentifs, inventifs, organisĂ©.e.s mâa donnĂ© du baume au coeur.»Alors si des phrases comme « Pour une fois, jâai pas eu le sentiment de militer comme une acharnĂ©e. Mais jâai senti nos coeurs battre ensemble et ça mâa donnĂ© espoir. » peuvent paraĂźtre teintĂ©es dâun utopisme dĂ©calĂ© pour les parties-prenantes du systĂšme, pour nous, elle manifeste ce en quoi nous croyons et ce que nous souhaitons faire vivre par la lutte, le temps de, et bien au delĂ de, ce weekend de mobilisation.
Nous lier pour mieux résister
Il ne sâagissait pas juste de crĂ©er une bulle le temps dâun week-end mais au contraire de se rencontrer, rĂ©ellement, et pas seulement de se croiser, entre opposant.e.s Ă ce projet mortifĂšre, de tous horizons : habitant.e.s du tracĂ© impactĂ©.e.s directement, militant.e.s de la premiĂšre heure ou jeunes pousses activistes, adeptes des manifestations, des recours juridiques ou de lâaction directe, flĂąneur.euse.s, etc.
Au sein du cortÚge collectif forestier, la diversité était joyeuse :
«Entendu dans le cortĂšge des Kaplas : – ACAB – ACAB – ACAB! – ACAAAAB!!!!! – Mais pourquoi ils crient tous»A table«? a dit une dame de lâaÄe de ma maman (jâai 27 ans pour vous donner un ordre dâidĂ©e). VoilĂ jâadore ce mĂ©lange que des Ă©vĂ©nements comme ça crĂ©e.»
Les jeux en petit groupe ont aussi permis ce mĂ©lange fertile et a donnĂ© Ă des personnes la possibilitĂ© dâagir selon de nouvelles modalitĂ©s dont il nâaurait pas imaginĂ© ĂȘtre capable avant de faire ces rencontres.
«On est venu seul.e. On ne connait personne ici. Et 5min plus tard, on est dans une Ă©quipe. Jâai la soixantaine, il en ont 20, 25 tout au plus. Et alors? On lutte ensemble, on est liĂ©s, rien dâautre ne compte. Le mĂȘme Ă©lan, le mĂȘme combat. Cette nuit, on prendra la route, nâen dĂ©plaise aux bleus, et on redorera une petite gare, de celles quâon aime!»
Certain.e.s ont Ă©galement fait des rencontres sensoriellement riches et surprenantes avec le vivant hebergĂ© par la sublime VallĂ©e du Ciron đ
«Un amateur, je crois passionnĂ©, nous a fait sentir la crotte dâune loutre en disantȍa sent le fruit de mer«, ce qui signifie quâelle a mangĂ© de lâĂ©crevisse! On nâempĂȘchera jamais les amoureux.ses de la nature de sentir les crottes de loutre.»
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Les rencontres entre ces individualitĂ©s et collectifs divers, qui sont habituellement atomisĂ©.e.s dans un quotidien soumis aux dynamiques capitalistes aliĂ©nantes et souvent mis dos Ă dos par les discours mĂ©diatiques prĂ©dominants, crĂ©ent des interactions et des liens prĂ©cieux. De ces rencontres, naissent la solidaritĂ© et la possibilitĂ© dâagir ensemble, de ne plus se sentir isolĂ©.e.s face au rouleau compresseur de lâEtat et des entreprises. Certaines vont fleurir immĂ©diatement et prendre racine sur le temps long, dâautres encore resteront peut-ĂȘtre en dormance pour refleurir plus tard, ici ou ailleurs.
Nous chĂ©rissons ces rencontres ; nous continuerons de, et invitons Ă , les nourrir afin de renforcer le camp de la rĂ©sistance – non seulement face aux grands projets inutiles et imposĂ©s, comme les LGV, mais Ă©galement face au systĂšme capitaliste Ă©tatique dont ils sont Ă la fois un carburant et un symptĂŽme.
QUI SOMMES-NOUS / C'EST QUOI CE SITE ?
Site « ressource »
Ce site a pour but de partager les ressources et les informations concernant le projet du GPSO et les activitĂ©s des diffĂ©rents collectifs contre le projet de LGV Bordeaux-Dax et Bordeaux-Toulouse. Il doit permettre Ă toute personne souhaitant s’informer ou s’investir de trouver facilement les informations et les contacts utiles Ă la mobilisation.
… rĂ©alisĂ© depuis le mouvement de lutte !
3/6/23 - Pose d'une banderole devant le ChĂąteau MĂ©jean, situĂ© sur le tracĂ© de la LGV, rachetĂ© par la SNCF. Initiative prise Ă l'occasion du rassemblement Ă St MĂ©dard d'Eyrans oĂč se tenait la premiĂšre assemblĂ©e LGV NON MERCI. Cette rencontre signait le dĂ©but de la fin de ce projet destructeur.
